par Groupe Renault - Patrimoine

Chrono 115, épisode 8 : de la voiture populaire aux voitures à vivre

À la sortie de la seconde guerre mondiale, la France est tiraillée entre un désir de consommation et une économie de pénurie. La demande automobile est prometteuse bien qu’encore peu solvable, et l’équipement des constructeurs en machines-outils n’a pas encore été renouvelé.

C’est dans ce contexte que Pierre Lefaucheux mise sur l’industrialisation à grande cadence de la 4 CV, développée depuis 1940 dans les ateliers de Billancourt, en toute clandestinité.

Conçue dans une perspective de pénurie de matières premières et d’essence, elle est légère (550 kg) et équipée d’un petit moteur économique de 750 cm3. Elle est aussi particulièrement confortable et bien suspendue, et peut accueillir aisément 4 personnes avec ses 4 portes.
Son style, certes moins dépouillé que celui du premier prototype, reste simple et épuré. Les ailes se fondent dans la carrosserie, selon une tendance venue d’outre-Atlantique. « Sa ligne est plaisante […] avec en plus ce qui caractérise le dessin français : la pureté », résume le magazine L’Automobile[1]. Industrialisée de 1947 à 1961, elle connait un succès sans précédent – elle sera produite à plus d’un million d’exemplaires. Elle illustre la capacité de Renault à apporter des solutions nouvelles à partir de techniques connues. 

La Dauphine, née en 1955, reprend pour l’essentiel l’architecture de la 4 CV. Sa ligne s’inspire de la Frégate sortie en 1952 : le bas adopte une ligne « ponton », venue d’Amérique, où seule l’entrée d’air latérale rompt la continuité du flanc. Avec une habitabilité, des performances accrues et une esthétique plus recherchée, la Dauphine perce à l’étranger et atteindra la cadence inouïe de 2 000 exemplaires par jour.

En 1961, la Renault 4 succède à la 4 CV. Pour limiter les investissements, les pièces de carrosserie sont faiblement embouties, et le pare-brise comme la lunette arrière sont plats. Pour se prêter au plus grand nombre d’utilisations possibles dans le même encombrement que la 4 CV, les dimensions intérieures sont largement agrandies en utilisant astucieusement la hauteur. Une cinquième porte facilite le chargement d’un coffre sans seuil qui peut être entièrement dégagé en rabattant les sièges arrière. Il a fallu pour cela recourir à la traction avant, écartée pendant la guerre et inaugurée sur l’Estafette. Le confort est assuré par une suspension souple à barres de torsion et par des sièges à la fois légers, souples et peu encombrants. Inégalé à ce niveau de gamme, il est tel que la voiture sera prescrite par ordonnance à des patients au dos fragile !
La Renault 4 est un condensé du savoir-faire de Renault : universelle et abordable, elle conquiert une très large clientèle. Elle ne sera jamais directement remplacée. 

Lancée en 1972, la Renault 5 vient renforcer l’offre de Renault dans le bas de gamme. Aux côtés des Renault 4 et 6, elle vise cependant un autre positionnement. Avec un style d’une extrême sobriété, sans chromes, trois portes seulement, mais quelques touches de distinction (les phares en forme), elle se démarque immédiatement de ses aînées. Elle suscite aussitôt un sentiment de sympathie amusée, et séduit une clientèle nouvelle de femmes, de jeunes ou de « multi motorisés ». Sa grande polyvalence et son intérieur spacieux pour sa petite taille, lui ouvrent un large marché. Quelques astuces d’architecture et l’utilisation toute nouvelle des composites dans les garnitures de pavillon et de ce qu’on appellera les boucliers ont permis ce tour de force.
La Renault 5 inaugure une nouvelle espèce de voiture : l’urbaine polyvalente, à la fois conviviale et serviable au quotidien. Cette capacité d’accompagner les utilisateurs dans tous les moments de leur vie privée ou professionnelle annonce déjà le slogan « voitures à vivre », qui viendra une dizaine d’années plus tard. 

La Twingo, dévoilée au Mondial de l’automobile de Paris en 1992, est l’aboutissement d’une longue et difficile quête d’une entrée de gamme Renault. En effet depuis 20 ans, la marque ne parvient plus à trouver un équilibre économique satisfaisant dans ce segment. La réponse est dans la simplicité : une seule carrosserie 2 portes et un seul moteur (pas de diesel ni boîte de vitesses automatique). Sa  « bouille » sympathique, son « regard » malicieux et ses 5 couleurs pétillantes, combinés avec un espace intérieur exceptionnel, font le lien entre l’esprit mutin et enjoué de la Renault 5 et la rationalité des monocorps développés depuis l’Espace par Renault. Twingo recevra un accueil enthousiaste, et lorsqu’en 2007 elle passera le relais à Twingo II, elle aura été vendue à près de 2,5 millions d’exemplaires…

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Ainsi, face au défi de concevoir un véhicule populaire et abordable, Renault a su à chaque fois se renouveler et proposer un produit qui coïncide avec les besoins et les goûts de la clientèle, en exploitant au mieux ses savoir-faire et en n’introduisant que le juste nécessaire d’innovations raisonnables.

 

[1] Édition de septembre 1946

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